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Au pont du Gard : Ousmane Sow

mercredi 17 août 2005, par Emile Proust

Au Pont du Gard

Ousmane Sow au Pont du Gard jusqu’au 30 octobre 2005

Vous ne croiserez pas Victor Hugo au Pont du Gard. Vous rencontrerez des lutteurs, des guerriers, des couples, des familles, masai, peuls et bantous.

Dans une grande pièce en sous-sol entièrement peinte en noir, les sculptures d’Ousmane Sow, alignées les unes derrière les autres sont parcimonieusement éclairées. Un spot dessine ici un menton, le regard vous échappe, là une épaule , le bras disparaît, ou encore un buste alors que le corps entier s’efface. On entre dans un lieu à part. On nous montre avec retenue des curiosités. Malaise !

Tout a été fait, pour renvoyer les créations de l’artiste à leurs seules origines africaines, Pourtant, Ousmane Sow, ni dans le geste, ni dans la forme n’a hérité de la statuaire traditionnelle.

Par ailleurs, ses sculptures s’accomodent mal du défaut d’air et de lumière. Leur excès en tout, leur force brutale, la vie et les sentiments qui les animent réclament un espace ouvert, la lumière du soleil.

L’exposition est présentée dans le cadre du trentième anniversaire de l’inscription du Pont du Gard au patrimoine de L’Unesco, elle vise à illustrer la valeur universelle du langage de l’art. La présentation des sculptures d’Ousmane Sow manque complètement le but recherché. Elle isole les particularismes, cerne les différences, elle fabrique de l’exception .

A qui la faute ? à ceux qui désirent créer du sensationnel, de l’événementiel, à ceux qui utilisent l’art et les artistes comme faire-valoir sans soucis d’aimer, ni de comprendre, à ceux qui ignorent la portée morale d’une oeuvre, son inscription dans la vie et dans le monde, à ceux qui oublient le rôle important du passeur ?

Dans cette exposition, il faut refuser le guide pour voir les oeuvres dans toute leur simplicité, leur vigueur, leur évidente humanité.

Catherine Plassart ( en savoir +, cliquer : ici )

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Au pont du Gard : la seule sculpture en extérieur d’Ousmane Sow affiche une moue dubitative.

Je me préparais à quelques écritures acides pour commenter une de mes balades dominicales et estivales dans le sud de la France. Sur un sujet qui nous touche parmi d’autres, mais toujours l’art, celui d’Afrique, l’ancien, mais aussi le contemporain. La vie, des couleurs, des formes et aussi des mix de matières accouchés de l’imaginaire d’artistes venus d’espaces autrement construits et réglés que le nôtre, imbu des règles de la pensée judéo-chrétienne.

Le sujet était de relater le détour parcouru pour tenter de contempler les sculptures d’Ousmane Sow, au pont du Gard, lieu maintes fois visité pour moi, tout petit pour des parties de pique-nique bucoliques, ou des nuitées de camping sauvage. Le site était d’une fantastique et gigantesque désertitude. Plus tard pour faire découvrir ce vestige de l’histoire à mes enfants. Lorsque je trouvais sur le web cet article (ci-dessus) de Catherine Plassart, édité sur le site de Art-Point France Diffusion. Le copié-collé résume à peu près le fond de ma pensée sur l’expo.

Ousmane aurait-il déjà été rattrapé par les sirènes du merchandising occidental ? Ces oeuvres qui m’inspiraient force, talent, imaginées à l’avance en symbiose avec la lumière du sud et les pierres de l’aqueduc, prêtes à se faire lécher les flancs par le vent de tramontane, se trouvent reléguées un temps dans les caveaux des vendeurs d’images et de rêves institutionnels. Une belle affiche, une sculpture, Ousmane avec le pont du Gard en fond d’écran, on pouvait rêver. Nous avons eu ticket, rideau, mal-éclairage, climatisation, explications tordues de guides qui nous mettent Nouba et Masaï dans le même sac, et pire, les situent au Sénégal.

A l’extérieur, des milliers de visiteurs, de toutes nationalités, défilaient sous nos yeux. Photos sur le pont, crochet à la sandwicherie ou chez le marchand de glace, peu se sont dirigés vers le bunker frigorifié en sous-sol dévolu aux sculptures d’Ousmane Sow. Hormis l’affiche et les dépliants, l’expo Sow aura, à mon sens, été un non-événement pour ce trentenaire du pont à l’UNESCO.

Pour en savoir + :

- le très beau site d’Ousmane Sow : cliquer

- visionner le film enregistré sur CD, intitulé Ousmane Sow, réalisation Béatrice Soulé.

Emile Proust/Galerie du Galion/L. S. F.