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Awalé - Généralités

dimanche 24 avril 2005, par Emile Proust

L’Awalé « Semer pour récolter »

Né en Afrique, l’Awalé, jeu de réflexion et de stratégies, poursuit sa conquête du monde. Comparable aux « jeu d’échecs » ou « jeu de Go », ce jeu est allé s’insinuer parmi les programmes des informaticiens qui nous proposent des logiciels pour ordinateurs ou des jeux en ligne sur internet. L’Awalé a même réussi la performance de s’incruster parmi la palette des jeux qu’on trouve sur les téléphones mobiles.
Pour apprendre les rudiments des règles de base de l’Awalé, une quinzaine de minutes suffisent. Cela fait que l’on trouve tant d’amateurs. Cependant, des années de pratique seront nécessaires pour maîtriser les infinies subtilités de ce jeu.

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Awalé ébène simple

HISTOIRE :

Si l’origine exacte de l’Awalé se perd dans la nuit des temps, aussi mystérieuse que le reste de l’histoire du Continent Africain, certains admettent que ce jeu aurait été inventé par les Egyptiens au temps des Pharaons (vers le Xe siècle av. JC).
Chez les Masaï, l’Awalé serait apparu il y a mille ans, inventé par Sindillo, fils de Maitoumba, le premier homme.
Le plus ancien spécimen de jeu mis à jour a été découvert en Ethiopie et daterait du 7e siècle de notre ère.
L’hypothèse la plus probable est qu’il serait originaire du Golfe de Guinée. Ce qui rejoint les lignes à ce sujet de l’historien Cheikh Anta Diop dans sa vision corrigée de l’Histoire Universelle.

Petites Histoires :

- A une époque, au Ghana, l ‘Awalé était réservé aux puissants, les rois des ethnies dominantes. Ils jouaient sur des moncales (supports de jeux) en or et en ivoire. Ils pouvaient se confronter avec leurs généraux avant une bataille afin d’évaluer leurs capacités mentales avant le combat.
- Au Ghana encore, la succession d’un roi décédé s’organisait après une partie d’Awalé entre les différents candidats. Le roi Shunba Balongobo au XVIe siècle s’était fait représenter en statue funéraire avec un jeu d’Awalé sur les genoux.
- Chez les Alladians de Côte d’Ivoire, le jeu restait dehors une fois la nuit tombée afin que les dieux puissent y jouer. Il était formellement interdit aux humains d’y jouer à ce moment sous peine de subir les pires malédictions.
- Au Gabon, les étudiants sur les campus sont soupçonnés de passer plus de temps à se voler les graines du jeu d ‘Awalé qu’à réviser leurs cours.
- Au Mali, durant le « grin », la réunion quotidienne des amis à la fraîcheur crépusculaire, on entend les graines « claquer » sur le bois des moncales.

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Awalé teck à réserve

GEOGRAPHIE :

Suite à la déportation de millions d’Africains vers les destinations de la traite négrière européenne, l’Awalé s’est répandu dans le monde jusqu’en Amérique latine et les Caraïbes.
En Afrique, on prétend qu’il y aurait autant de règles du jeu différentes que de villages. Une certitude, en passant d’une région à l’autre, l’Awalé a une nouvelle dénomination :
- Nigéria : on utilise le nom « Ayo-ayo » en pays Yoruba et aussi « Adi » du nom des graines employées pour jouer.
- Ouganda : le mot Awalé devient « Omweso » et le jeu se transforme en variante à 4 rangées de 6 trous.
- Kenya-Tanzanie : le nom usité est « Bao » ou « Bawo » qui signifie « Bois » en langue Swahili.
- Indonésie : le jeu s ‘appelle « Congkak ». Introduit par les commerçants au XVIIIe siècle, ce jeu porte le nom des coquillages utilisés à la place des graines.
- Java : l’Awalé devenu « Congkak » comme en Indonésie, n’est plus un jeu mais une sorte d’oracle pour prédire l’avenir.
- Ghana : le mot « Wari » est une variante d’Awalé. Il se traduit par mariage dans la langue des Ashanti du Ghana. La légende dit que l’homme et la femme se marièrent pour avoir plus de temps pour jouer au « Wari ».
Sénégal : L’Awalé porte le nom générique de « Mancala » signifiant « bouger » en arabe. Mancala désigne par extension tous les jeux dans lesquels on distribue cailloux, graines, coquillages dans des coupelles ou en faisant des trous dans le sable.
- Afrique Centrale : l’Awalé devient Songo ou Ngola
- République du Bénin : on dira Adji ou Adjito, un mot proche de « Adi » au Nigéria.
- Togo : le jeu se nomme « Jeu de six » pour le nombre de trous du territoire d’un joueur.
- Ailleurs : provenant du continent africain, de nombreux autres noms pour le jeu d’Awalé nous ont été proposés. En voici quelques-uns : Ajwa, Ayo, Chisolo, Coo, Coro, Dara, Gepeta, Gilberta, Kalak, Kasonko, Layo, Lela, Nocholokoto, Ourin, Ourri, Owaré, Schach, Wallé, ...si vous en connaissez la provenance, vous pourrez nous le transmettre.

PHILOSOPHIE :

Si le but du jeu est d’être le premier à récolter le plus grand nombre de graines, soit 25 ou plus, il importe pour cela de « ne pas affamer l’adversaire ». L’Awalé est un jeu de semailles pour récolter, pas pour tenter de vaincre avec une aveugle brutalité.
Ainsi n’est-il pas autorisé de prendre toutes les graines de l’adversaire quand celui-ci ne pourrait alors plus jouer.
Ainsi a-t-on l’obligation de semer de nouveau chez l’adversaire si celui-ci est en passe de se retrouver dépourvu de graines.

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Awalé à 2 battants

STRATEGIES :

L’Awalé se divise en deux territoires de 6 trous chacun, chaque trou contenant 4 graines. On joue à deux, l’un contre l’autre, chacun son tour. Le joueur prend l’ensemble des graines présentes dans l’un des trous de son territoire et les distribue, une par trou, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Si la dernière graine tombe dans un trou du camp de l’adversaire comportant 1 ou 2 graines, le joueur capture les 2 ou 3 graines résultantes. Les graines capturées sont sorties du jeu. Lorsque le joueur s’empare de 2 ou 3 graines, si la case précédentes contient également 2 ou 3 graines, elles sont aussi capturées, et ainsi de suite.
De nombreuses interprétations des règles et de variantes de règles existent. On peut cependant se référer aux règles internationales de la « World Oware Federation » ou à la « Fédération Française d’Awalé ».
Les plus mordus souhaitant s’intéresser à développer de nombreuses stratégies peuvent trouver d’excellentes informations dans le livre de Retschitzki paru chez l’Harmattan en 2000 (Stratégies des joueurs d’Awalé ).
L’une des techniques, par exemple, est de réaliser un « Kroo », soit une accumulation de plus de 12 graines dans un trou afin de faire plus d’un tour complet du tablier.

Vous pouvez lire aussi ces articles :

- Awalé - Règles du jeu N°1

- Awalé - Règles du jeu N°2

DERNIERE QUESTION :

Mais que sont donc ces graines d’Awalé ?

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Caesalpinia Bonduc

Elles proviennent d’un arbuste de la famille des Falbacées(fèves, petits pois) qui se nomme Caesalpinia Bonduc. On l’appelle communément Bonduc, haricot brûlant, Liane et même Awalé.
L’arbuste se présente sous la forme d’un buisson épineux pouvant atteindre 9 mètres de hauteur. Ses rameaux gris et duveteux portent des feuilles composées, paripennées, assez longues, regroupant 12 à 16 folioles oblongues et mucronées. A ses longues grappes de fleurs jaunes succèdent des gousses aplaties, oblongues, quelques peu elliptiques, striées longitudinalement, mais surtout hérissées d’aiguillons et contenant 1 ou 2 graines lisses, grosses comme des billes.
Le Bonduc est utilisé en extrayant une huile fixe (très amère) des graines, des feuilles ou de sa résine pour concocter des médecines herboristes permettant de combattre les vers, les convulsions et paralysies, les troubles des règles et les fièvres.
Ces petites graines du Bonduc qui ressemblent tant aux olives vertes sont bien moins périssables que celles-ci. Sauf si vous les perdez.