Galerie du Galion

Accueil > Art primitif africain > Métaux > Bronze de Benin

Bronze de Benin

E-514

mardi 9 décembre 2008, par Emile Proust

Plaque de bronze du Benin, Nigeria :
( Benin bronze plaque, Nigeria )

Très belle plaque de bronze figurant un dignitaire assis sur un cheval, entouré par ses deux gardiens. Le cavalier est armé de l’eben, épée en forme de feuille et d’une lance. Habillé d’une armure, la tête sort d’un collier de métal et porte un casque richement décoré. Les gardiens, l’un portant un bouclier et aidant à tenir le cheval, l’autre lui aussi muni d’un bouclier et aidant à porter la lance, son vêtus plus légèrement que le prince. Les trois personnages sont munis de colliers et clochettes, attributs habituels des combattants chez les Bini du XVIe siècle au Nigéria.

Cette représentation en triade, les gardiens l’aidant, montre que l’Oba ne pouvait assumer son pouvoir ni gouverner en le faisant seul.
On voit là une grande technicité artisanale des orfèvres de la fin de l’Epoque moyenne : les guerriers représentés en haut relief avec les boucliers, épées de cérémonie et lance moulés en ronde bosse. Pour assurer la circulation du métal vers les recoins, l’orfèvre attachait de minces bandes de cire pour les maintenir horizontalement au corps du moule. Elles sont si astucieusement logées que leur remplacement en métal est invisible de face, angle prévu pour les voir.
Tous les détails sont parfaitement moulés, même les bracelets de chevilles qui doivent être remarqués. Ces guerriers devaient faire du bruit en bougeant. Sous les colliers de dents de léopard, ils portent des clochettes. Le son de la cloche qui sonne est le rappel le défi guerrier à Edo.

Les plaques décoratives, objets de cour, sont aussi importantes que les pièces en ivoire ou les têtes de rois ou de reines propres à la cour du Royaume de Benin City. Comme tout art de cour, ces œuvres d’art visent à célébrer la grandeur des rois et de leur entourage. La fonte à la cire perdue a été introduite dans le royaume du Bénin à partir d’Ife au XVIe siècle. A cette période, le style d’Ife était en déclin. Stylistiquement, les différences sont notoires et les œuvres des deux royaumes affichent un écart sensible dans le traitement des personnages par exemple. Le voyageur Dapper fut un des premiers à mentionner les plaques de bronze du Bénin. Elles recouvraient au dire des uns des piliers du palais, au dire des autres des murs. Une des caractéristiques de ces plaques est l’adoption d’une perspective "hiérarchique" : la taille des personnages indique leur importance sociale. On estime que la production des plaques a commencé dès la deuxième moitié du XVIe siècle. On en n’aurait plus produit après le XVIIIe siècle.

Armand Duchateau ( Benin. Kunst einer afrikanischen Königskultur, München 1995) n’exclut pas l’existence d’influences étrangères dans ces œuvres : leurs formes pourraient provenir des petits livres d’images que les Portugais avaient apporté avec eux. Il ne faut cependant pas penser que des artistes portugais seraient venus enseigner la fonte à la cire perdue. Dans le seul Nigeria d’aujourd’hui, il existe au moins trois foyers importants de fonte à la cire perdue : Ife, Benin-City et Igbo-Ukwu. L’histoire est arrivée à retrouver les liens entre les deux premiers centres. Igbo-Ukwu dont l’activité remonte au IXe siècle est difficile à rattacher aux autres centres. On voit ainsi que le débat des rapports entre les centres de productions et celui des "influences extérieures" est loin d’être clos.


Vendu

Portfolio