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Canne Lobi

E-556

lundi 28 avril 2008, par Emile Proust

Canne Lobi du sculpteur Sikiré Kambiré, Burkina Faso :
( Lobi walker-soothsayer stick carved by Sikire Kambire, Burkina Faso )

Canne sculptée dans un bois dur, longue et complète, dont l’extrémité est recourbée, portant des figurines représentant les esprits, sans aucun doute attribuable au sculpteur Sikiré Kambiré, Gaoua, pays Lobi, vers 1930.
Sur le pommeau est figuré un couple. Les deux personnages sont dos à dos et réunis par une même coiffe dont les stries figurant le tressage sont d’un style bien particulier pour la culture Lobi : il s’agit ici probablement d’un emprunt aux masque Baoulé reproduits en grand nombre par Sikiré, ceci à la demande de l’administrateur de l’AOF de l’époque : Henri Labouret.
Sur la tige, au-dessous du pommeau, apparaît un serpent sculpté en bas-relief, animal assurant au propriétaire de l’objet une supériorité manifeste sur tous éventuels prédateurs, qu’ils soient du monde animal ou des humains.

"...Cette canne, c’est thil(1) Maassé(2) - cependant qu’il charlatait un matin dans son thilduu - qui lui a dit de la sculpter afin d’être protégé lorsqu’il s’éloignerait de chez lui, allant à des funérailles ou au marché. Trois personnages y sont, je l’ai dit, représentés : un chasseur, un lion, un serpent, ce dernier animal, considéré par les Lobi comme l’un des animaux les plus puissants de la faune, figure ici la puissance de Maassé. Ce que symbolise donc la scène sculptée sur le manche, c’est la toute-puissance du serpent, autrement dit de thil Maassé : le chasseur avait tué beaucoup d’animaux, et un jour le lion, las de se voir, partant, privé de nourriture, tua le chasseur, se croyant à l’abri de toutes représailles puisqu’il est l’animal le plus fort. C’était cependant compter sans le serpent, complice et protecteur du chasseur, qui, en dépit de sa petite taille, s’avère supérieur au lion car, le piquant, il le tue. Autrement dit, quiconque s’attaquerait à celui qui possède thil Maassé en subirait aussitôt la vengeance. Donc, lorsque Tyohèpté sort avec cette canne, il signifie à ses ennemis potentiels qu’il est protégé par son thil (a. l’apparence possible de serpent), qui, plus fort que le lion, l’est aussi plus que les hommes !..."
Extrait de : "Les sculpteurs et leurs génies. Approche ethno-esthétique de la statuaire lobi", Julien Bosc, Persée, Revues Scientifiques, 1999.
Les sculpteurs et leurs génies.

(1) Les thila vivant notamment dans les arbres, les sculpteurs sont tenus d’avoir ce que la tradition ethnologique appelle un "médicament" : en fait un savant mélange de matières calcinées in fine réduit en une poudre noire ; ce thil-thii (de thèlé sculpter et thii : médicament) doit être appliqué sur l’arbre afin de savoir si celui qui l’habiterait autorise le sculpteur à y couper le bois dont il a besoin. Tout sculpteur non initié qui couperait du bois pourrait devenir aveugle car il ne peut, hors initiation, obtenir le thel-thii. Quant à être initié, il faut en passer par un " initiateur " (lui-même sculpteur) possédant le thil, duquel il tient la composition du thil-thii. C’est sous la protection de ce thil (statuette-médicament) que sera le nouvel initié -lequel emprunte le thil mais ne le possède pas pour autant, de sorte (et sans entrer ici dans le détail des différents modes d’acquisitions et d’installations des thila) qu’il ne connaît pas lui-même la composition du thil-thii, doit retourner chez son initiateur pour en obtenir de nouveau une fois sa réserve épuisée si bien qu’il ne peut lui-même initier un autre sculpteur - à tout le moins tant que trois ans (minimum) ne se seront écoulés et qu’il n’aura pu réunir la somme nécessaire à l’installation, chez lui, du thil.

(2) Maassé, l’un des thila les plus puissants de la cosmogonie lobi, est de ceux possédés par Tyohèpté Palé (thil, avec d’autres, hérités de son père, Sihinté Palé, lui-même sculpteur) ; c’est de lui qu’il tient la composition du thïl-thii

D’autres informations, voir :
- livre : "Lobi", Daniela Bognolo, Visions d’Afrique, planche 45

- vente publique : AAOARTS/Etude CORNETTE DE SAINT CYR, 14-04-2007, voir en cliquant ici.


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