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Fang

vendredi 1er avril 2005, par Emile Proust

Aujourd’hui éparpillés entre le sud du Cameroun, la Guinée Equatoriale et le Gabon, les Fang, venus du nord-ouest au XVIIIe siècle, dont l’importance numérique est difficilement recensable, sont un peuple de chasseurs et d’agriculteurs. Cet éparpillement n’a jamais entamé l’homogénéité des Fang qui trouvaient une sorte de cohésion sociale autour des sociétés Ngil et So, et autrefois, le culte du Byéri.

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Les Fang au sud Cameroun, Guinée Equatoriale et Gabon

Chez les Fang, on dénombre plus de quatre-vingt différents clans qui n’ont jamais eu d’unité politique. Leur cohésion pourtant bien réelle était maintenue par l’intermédiaire des associations judiciaires et religieuses telles que le so et le ngil. Autrefois appelés Pahouins, les Fang sont éparpillés sur de vastes régions entre le sud du Cameroun, la Guinée Equatoriale et le Gabon.

Depuis le XVIIe siècle, ces tribus ont parcouru des centaines de kilomètres en milieu forestier, suivant une direction nord-est, sud-ouest. Principalement chasseurs, ils vivent aussi d’agriculture. Pour se faire une idée du monde des Fang : dans son récit « Voyages et aventures en Afrique équatoriale », Paul du Chaillu, en 1863, relatait à propos de sa remontée de l’estuaire de l’Ogôouée en 1851 que les Fang se comportaient en sauvages belliqueux et anthropophages qui mangeaient leurs morts, chassaient l’éléphant avec des flèches empoisonnées et de pièges et qu’ils étaient très superstitieux, chaque mort nécessitant une ordalie, les sanctuaires des villages étaient surmontés de crânes de singes. A l’époque, on crut que du Chaillu avait horriblement exagéré. Les découvertes ultérieures permirent de rendre justice aux récits du voyageur.

La société Fang est patrilinéaire et c’est l’aîné qui est porteur de l’autorité dans la famille. Dans chaque village, la maison des hommes était un bâtiment important, lieu de palabres, les hommes y prenaient leurs repas, les jeunes hommes célibataires y habitaient et le sculpteur et le forgeron y exerçaient dans la considération générale. Le Fang, depuis sa naissance jusqu’à sa mort, était intégré dans son milieu par une suite de rites le guidant dans les étapes de la vie. Circoncision vers la dizaine d’années, apprentissage des lignages pour éviter l’inceste. A son mariage, il était initié au so et au culte familial du byéri (culte des ancêtres).

Ce culte était une véritable mise en scène théâtrale des morts. Chaque clan, chaque famille, conservait dans sa case une boîte cylindrique en écorce contenant les crânes des ancêtres. Des têtes ou des statuettes étaient sculptées pour surmonter le couvercle de ces boîtes. Regroupées en les attachant par des lianes, ces figures étaient gardées dans une petite hutte à l’écart du village. Elles évoquaient les morts et avaient une fonction de protection. On consultait le byéri avant de déplacer le village, de créer une nouvelle plantation, avant d’aller à la chasse, à la pêche ou à la guerre. Séparée du coffre-reliquaire, la sculpture perdait tous pouvoirs et pouvait être détruite. Le rituel consistait en prières, libations et sacrifices rendus à l’ancêtre dont le crâne était chaque fois enduit de poudre et de peinture.

Au début du Xxe siècle, après de longues migrations vers la côte, après les interdits sur le culte de byéri imposés par les missions chrétiennes, les Fang adoptèrent le culte du bwiti, mélange de culte de byéri et christianisme. Le bwiti fut emprunté aux MiTsogho à qui les pygmées avaient enseigné l’art de l’eboga, plante qui provoque une sorte de perte de conscience durant de longues heures et utilisée en prélude à la sortie des crânes de leur boîte. Mais si les chrétiens se félicitaient de voir le culte de byéri disparaître, il faut noter qu’antérieurement, durant leurs cérémonies, les Fang pratiquaient l’ingestion d’un cocktail de feuilles d’eboga et d’alan, ce qui leur donnait une légère euphorie. Le culte de bwiti, accompagné de l’ingestion de racines d’eboga, prenait une toute autre tournure, supplantant vite et fort le byéri, tant cette plante cause de puissants effets psychotropes. Les chrétiens s’en accommodèrent, leurs rites pouvaient ainsi pénétrer parmi le peuple Fang, dans une sorte d’œcuménisme hallucinatoire mettant en communion le byéri, ses crânes et figures de bois, et la croix et le portrait du Christ, l’important étant pour les missionnaires de faire avancer l’idée du christianisme.

Disséminés sur une aire très large, la production artistique Fang n’en présente pas moins une exceptionnelle homogénéité. Les statues du sud du Cameroun ont le tronc mince, la tête projetée en avant, la bouche prognathe et les arcades sourcilières très soulignées. Sur ce terrain, on distingue les « mabea », de facture plus réaliste, à patine rouge et surface lisse, le thorax orné de scarifications géométriques en métal, la pupille en mica ou en verre est entourée de cuivre. Les statues Fang de Guinée équatoriale, ou « okak », légèrement différentes, portent des décorations métalliques et notamment des clous. Celles des Ngumba ont des formes plus géométriques et parfois des incrustations de cuivre. Les œuvres des Fang du nord du Gabon ont des formes plus ramassées. Toutefois, l’ensemble de la statuaire Fang exprime une vigueur, un rythme et un équilibre d’ensemble grâce à des volumes polis se détachant du tronc central. Des figures qui ont pour modèle l’attitude et les proportions de l’humain à son stade fœtal.

Les masques étaient utilisés dans le cadre des sociétés secrètes. La confrérie du Ngil (gorille), interdite en 1910, pour avoir été la cause de meurtres absurdes et concurrencer l’autorité coloniale, permettait de démasquer les « mauvais » sorciers. Cette confrérie utilisait de grands masques en forme de cœur allongé, au nez longiligne et fin poursuivi en remontant par les arcades sourcilières. La couleur blanche de ces masques autorise à penser qu’ils étaient utilisés pour le culte des morts. Une autre version attribue le port de ces masques à une catégorie des personnes du groupe qui aurait joué le rôle de police secrète. La société de danse « ngontang », qui s’est créée au début du XXe siècle, société secrète elle aussi et supplantant le culte du « byéri » interdit, utilisait des masques heaumes avec sur le pourtour trois ou quatre visages peints en blanc et au front bombé.