Galerie du Galion

Accueil > Art primitif africain > Masques > Masque Bambara

Masque Bambara

E-052

lundi 27 août 2007, par Emile Proust

Masque Bambara, Mali :
( Bambara mask, Mali )

Le masque de bois mi-dense au visage convexe et allongé est délimité de la collerette de portage par une paire de tresses. Le nez est long et fin, les yeux sont abrités par les sourcils en surplomb, les joues sont gravées de motifs géométriques, le front est orné de tresses formant un support en tripode sur lequel s’appuie le caméléon, signe d’invisibilité. Les pattes arrières du reptile reposent sur quatre tresses sculptées sur le sommet du masque. Belle érosion de l’ensemble de l’objet et patine ancienne d’utilisation. L’emplacement des trous d’attaches de portage est accidenté et cause un manque sur le côté gauche de la collerette. Ceci n’affectant en rien le bel aspect visuel de l’objet.

Le caméléon et l’invisibilité :

Ce reptile, lié au feu et au soleil est fréquent dans les arts africains en général. Il joue un rôle démiurgique dans la création des hommes, et est considéré comme un intermédiare sacré entre le monde des hommes et les forces ouraniennes. Ainsi, chez les Dogon, ayant reçu toutes les couleurs, il est lié à l’arc en ciel, chemin qui unie la terre et le ciel. Il intervient souvent dans la parure de bijoux (pendants, anneaux et autres petites sculptures décoratives). On le trouve également sur les masques banda des Baga et Nalou de Guinée, sur les masques Afo, et sur les portes et masques des Sénoufo qui associent le caméléon à l’idée de sorcellerie et de connaissances premières. Dans certaines sociétés africaines, chez les Winiama du Burkina Faso, il est redouté, du fait de son habilité à se métamorphoser, et à disparaître aussitôt grâce à ses changements de couleur. Il change d’ailleurs de couleur à volonté et, dans certaines légendes, chez les Peuls notamment, son caractère et son rapport au monde diffère selon qu’il fait jour ou nuit. Au sens diurne, c’est un être doué de sympathie et capable d’entretenir un commerce agréable avec les hommes et de s’adapter à toutes les circonstances. Au sens nocturne, il devient hypocrite, versatile et évolue au gré des intérêts sordides.

Il est intéressant de lire ce que l’écrivain Amadou Hampate Ba écrit à propos de la nature double du caméléon :

"Comme tout symbole, celui-ci comporte une interprétation positive et une interprétation négative, en raison du dualisme inhérent à toute chose. Comme nous l’avons dit à l’occasion de la question n°1, de même que la journée est composée d’une face obscure (la nuit) et d’une face lumineuse (le jour), toute chose comporte deux aspects, l’un diurne et l’autre nocturne.

Dans son aspect faste, ou diurne, le caméléon représente un être extrêmement prudent et avisé, adroit, et dont l’idéal reste fermement fixé. En effet, le caméléon ne tourne jamais sa tête à droite ou à gauche. Personne ne peut le faire dévier de la direction qu’il a prise. Seuls ses yeux tournent pour regarder autour de lui. Les yeux représentent ici les moyens qui lui permettent, sans perdre son but, d’examiner les conditions environnantes. En outre, dans l’intérêt de son évolution, il prend la couleur de l’ambiance, c’est à dire qu’il s’adapte aux conditions de l’endroit qu’il traverse, de manière à ne pas heurter. Il s’agit là non d’hypocrisie, mais de sage prudence (...) Dans son aspect nocturne, ou négatif (il s’agit du défaut de la qualité...), le caméléon symbolisera l’hypocrisie, le retard, l’apathie et l’entêtement, tandis que ses yeux se tournant dans toutes les direction symboliseront l’indiscrétion "

(Extrait de "Aspects de la civilisation africaine", Amadou Hampaté Ba, 1972, pp.40-42)

Il reste bien évident qu’il faut aussi entendre par "masque", le terme tel que l’emploient alors les Bambara, qui englobe et l’objet qui masque le visage et le costume qui recouvre le danseur de pied en cape.


Vendu

Portfolio