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Masque Mossi

E-074

vendredi 7 septembre 2007, par Emile Proust

Masque lame polychrome Karanga, Mossi, Burkina Faso :
( Karenga mask, Mossi, Burkina Faso )

Le masque karanga (pluriel : karansé) est sans doute l’un des plus connu de la sculpture Mossi traditionnelle du style du Yatenga. D’une hauteur de près de deux mètres, ce masque à lame est maintenu à l’aide d’une simple barre de bois, qui traverse l’intérieur de la partie basse du masque, serrée entre les dents du danseur.

Une cordelette placée autour de la tête renforce l’ensemble. Malgré l’utilisation d’un bois léger, le danseur effectue de véritables prouesses. Composé d’une tête d’antilope reconnaissable à ses cornes stylisées, la face concave est surmontée d’une lame ajourée, réparée et gravée de motifs en bas-relief avec des rehauts de couleur rouge.

L’antilope figurée a certainement joué un rôle clé dans le mythe fondateur du clan qui détient ce masque. Les similitudes quant au costume du masque et à ses formes sont à rapprocher des créations des Dogon, voisins septentrionaux des Mossi du Yatenga.
Source : MNAAO- Paris

Les masques karanga apparaissent lors de funérailles pour accompagner les morts vers leurs tombes ou, placés sur les autels familiaux, ils jouent le rôle d’instrument de communication avec les morts. Leur tâche est aussi de protéger les plantes sauvages dont l’usage est réglé collectivement.

Ci-dessous, plus d’infos sur les masques Karanga :
Les masques qui se rapportent aux " fils de la terre " (lignages des anciens chefs religieux autochtones) constituent l’exemple le plus frappant de la manière dont les Moosi ont su construire la représentation d’un invisible commun, sur lequel repose toute leur culture. Ces masques sont habituellement connus sous le nom de karinsé (sing. karinga), terme qui désigne tout masque dont l’utilisation est réservée aux descendants des anciens maîtres de la terre. La forme et la symbolique de la planche verticale qu’ils donnent à voir - mince, longue et aux motifs diversement ajourés - semblent tirer leur origine des populations autochtones du Nord-Ouest(4). Cette région était occupée notamment par les Kurumba, auxquels fut donc reconnue la charge religieuse de prêtre de la terre. Les Kurumba possédaient, entre autres objets de culte, des stèles en pierre, richement décorées de motifs linéaires gravés, et fichées dans le sol à la tête de certaines tombes. Toutes également hautes, étroites et minces, elles se différenciaient les unes des autres par leur extrémité supérieure, dont la forme indiquait le statut du mort : un triangle pour les forgerons ; un triangle inversé pour les chefs de terre ; un trapèze ou un prisme pour les chefs de village. Leur symbolique relevait des anciens mythes cosmogoniques. D’autres mythes, ceux qui retracent l’origine des dynasties royales des Kurumba(5), font entrer en scène un homme nommé Sawadogo (nuage), décrit comme un " être sans pair sur terre ", et Sandigsa, " être descendu du ciel " dans une maison en fer. Après un long duel de nature magique, lors duquel chacun chercha à faire valoir ses pouvoirs sur l’autre, une alliance fut conclue entre les deux adversaires, à partir de laquelle vont pouvoir se développer les dynasties royales.
Le masque karinga reprend la forme des anciennes stèles funéraires et opère le passage du langage mythique au langage plastique. La planche très haute et ajourée du masque est peinte de motifs géométriques noirs, blancs et rouges, et se termine selon le cas en trapèze, en triangle droit ou inversé, ou par des éléments géométriques superposés. La tête est pourvue de deux fines cornes, droites ou croisées, qui évoqueraient différents types d’antilopes(6). La face, ovale et concave, colorée en blanc, est munie de deux petits trous triangulaires symétriques. Une crête verticale dentelée partage le visage en deux. La hauteur considérable de la stèle retrouve pleinement son sens lorsque le masque est endossé : sa longueur devient proportionnelle à celle du corps du porteur, vêtu d’un habit de longues fibres noires, clairsemées et flottantes. Les deux parties s’équilibrent parfaitement. L’apparition de ces masques suscite l’idée de la rencontre entre les êtres qui appartiennent à l’un ou à l’autre des mondes évoqués dans le mythe, et à l’une ou à l’autre des formes de pouvoir - temporel ou divin - qu’ils incarnent. En outre, l’image que les Moosi se font de la transmission du naam à travers " l’axe du monde ", lien métaphysique qui joint le soleil à son zénith au roi sur terre, est rendue par la facture même du masque, où se manifestent les dichotomies entre haut et bas, ciel et terre, qui impliquent celle entre roi et maître de la terre. Par conséquent, le masque karinga constitue aussi en soi l’exemple de l’équivalence de leur forme de pouvoir.

Après la célébration des rites de fertilité, les chefs locaux peuvent organiser leurs propres fêtes de salutations, centrées sur la sortie des masques propres à leurs ancêtres : les maîtres de la guerre. Ces derniers étaient chargés d’assurer la surveillance des frontières des différents royaumes. Mais seuls les chefs des territoires de l’Est et de l’Ouest du royaume du Yatenga étaient réputés savoir prévenir toujours avec célérité l’État central des incursions ennemies. C’est à cause de cette renommée que leurs masques ont reçu l’appellation générique de "masques oiseaux". Le style reprend celui des karinsé. Différenciés en luili-wando pour l’Est(7) et mo-wando pour l’Ouest, ils se distinguent entre eux par le mouvement de la "planche-stèle" et la forme de la tête. Le visage est toujours séparé en deux par une crête verticale plus ou moins dentelée. La composition s’avère parfois enrichie d’autres éléments : une figurine féminine ou une petite tête d’oiseau. La surface du masque est décorée de motifs géométriques polychromes.
Dans les luili-wando, la "planche-stèle", fortement simplifiée et légèrement arquée, dessine de profil une ligne sinueuse avec la courbe opposée que donne le bombement de la face, mouvement qui lui confère une allure aérienne.

Les mo-wando sont moins élancés. La face ovale est au contraire concave et, au-dessus, la " planche-stèle " est posée de chant. Parfois elle disparaît pour être remplacée par une figure féminine dont les pieds reposent directement sur le sommet de la tête du masque. Comme tous les objets susceptibles de répondre à une interprétation symbolique, sa présence correspond à la récupération de la figure de Pabre, princesse saluée au titre de Wemba (femme affranchie) et dont l’épopée est à l’origine du royaume du Yatenga. Les masques qui la personnifient sont rassemblés sous le nom de karinwemba.

Texte extrait d’Art d’Afrique, Daniela Bomogno, Editions Gallimard/Dapper, 2000.


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