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Pierre d’Ifé

E-537

mardi 16 décembre 2008, par Emile Proust

Tête de pierre d’Ifé, Nigeria :
( Ife stone head, Nigeria )

Au Sud-Ouest du Nigeria, en région Yorouba, la civilisation d’Ifè (avec sa cité-État du même nom) est antérieure à l’an 800 et s’achève au XVIIe siècle. Selon l’une des versions du mythe Yorouba, le monde fut créé à Ifè sur ordre du dieu suprême Oduduwa, qui est également considéré comme le premier roi (l’Oni) Yorouba. Ifè se trouvait en zone forestière au centre d’un réseau commercial reliant les savanes septentrionales à la côte atlantique au sud. Reflétant le pouvoir des souverains et protégeant la communauté (dont la richesse reposait en grande partie sur l’exploitation et le commerce des esclaves), plusieurs cultes s’y développèrent.La civilisation d’Ifè se décompose en cinq périodes. L’époque dite archaïque (avant l’an 800) est caractérisée, notamment, par des monolithes. Celle du pré-pavement (IXe-XIe siècle) est marquée par la présence de pierres stylisées et de terres cuites, celle du pavement ancien (XIe-XIIIe siècle) par des pavements décoratifs élaborés en tessons et en pierre, et des œuvres de bronze. Les périodes du pavement tardif (XIIIe-XVe siècle) et du post-pavement (XVe-XVIIe siècle) prolongent les traditions précédentes.

Un nombre considérable de sculptures anthropomorphes et zoomorphes, faites le plus souvent en terre cuite ou en bronze chargé de laiton, ont été produites dans la région entre le XIème et le XVème siècle. Ce modèle distinctif a été largement désigné sous le nom de « Ife », quoique quelques exemples proviennent d’autres villes telles qu’Owo.

Les objets en laiton sont sculptés sous des formes particulièrement réalistes. Les têtes de terre cuite, plus nombreuses et diverses, sont sans aucun doute dues à la facilité de travailler ce matériel. Certains des visages portent les incisions parallèles et verticales, figurant les scarifications qu’un certain nombre de Yorouba peuvent porter (aujourd’hui encore).

Cette rare tête de pierre est un exemple parfait du modèle d’Ife. Le bâti de la structure faciale est absolument naturaliste. Les courbes du visage sont bien dépeintes, particulièrement évidentes autour des yeux et du front. La coiffure est décrite par une succession de ronde-bosse.

La simplicité de l’exécution, ne figurant ni chapeau, ni bijoux ornementaux permet de conclure que la sculpture a été réalisée tôt sur le calendrier de la civilisation d’Ifé. Les Oni représentés plus tard l’ont tous été avec des attributs supplémentaires, signes de richesse et de pouvoir. Par ailleurs, il n’est pas possible, comme on peut le faire sur les objets de bois, de terres cuites et parfois sur les bronzes, de dater scientifiquement un objet en pierre. Nous savons seulement que la pierre provient de fouilles accidentelles et récentes dans la région montagneuse d’Ifé. L’aspect de croûte ancienne à la surface de l’objet
assure de l’authenticité, ainsi que le style de la sculpture, et nous indique que cette pierre est de la période "pré-pavement", soit IXe ou Xe siècle de notre ère.

Une sculpture similaire, plus tardive, réalisée en terre cuite, provenant de l’ancienne collection Barbier-Mueller, ancienne collection Roger Bédiat, datée par thermoluminescence de 1275 à 1525, est bien décrite et explicitée par Frank Willett dans l’ouvrage Arts du Nigeria, coll MAAO, 1997, page 24.


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